lundi 29 octobre 2012

Encore et Toujours plus Froid

Froid. Encore et toujours plus froid. Ça recommence. Où suis-je ? J'étais bien pourtant, là. C'était froid, mais tellement plus facile. C'est sans doute ça qui m'a sorti de mon sommeil. Faut que j'aille pisser. Je me lève difficilement. Je m'assois sur le bord du lit et regarde autour de moi. Combien de temps ai-je dormi ? Où suis-je ? Une chambre. Un grand lit. Dégueulasse. Des détritus un peu partout. Une fenêtre cassée. Le jour se couche. J'entends des voitures. Mes habits sont par terre. Nu, c'est ça. Seulement partiellement étonné. Mais il fait si froid, c'est quand même idiot. Je m'habille et me lève. Un squat, on dirait un squat. Je sors de la pièce. Un couloir. Y'a quelqu'un qui grommelle, non loin. Un mec qui dort à même le sol. Je n'ai surtout pas envie de lui parler. Je ramasse mes affaires et passe à côté de lui le plus vite possible. Il se tourne à demi. Non, ne me parle pas, ne me parle surtout pas. C'est bon, il n'a rien vu. Il s'en est fallu de peu. Ça aurait sans doute été au visage, de toutes mes forces. Faut que j'arrête de penser à ça, mais difficile de sortir de ma tête cette image, à la fois horrible et attirante. Il faut que je parte d'ici. Sept étages en tout, plus que six. Pourtant, je n'ai pas eu l'impression de descendre. Pas vraiment d'importance.

Je me précipite en m'habillant vers l'extérieur. Un dédale de couloirs, d'odeurs, de suffocations. Beaucoup de gens semblent habiter ici. Vivre ? La panique monte à mesure que j'accélère. Je trébuche sur un cadavre. Je tombe au sol, mon genou saigne. Un cadavre ?
Non, il dormait, lui aussi. J'ai l'impression qu'ils dorment tous. Il gémit. L'espace d'un instant, j'ai cru qu'il était mort. Pourquoi ? Pas le temps d'y penser, il faut que je sorte. J'ai envie de vomir maintenant, encore plus. Je me relève et reprends ma course.

Je cours difficilement à cause de mon genou qui me lance. Mais il faut que je sorte. Les murs se floutent. Une bouche de pierre m'insulte en hurlant. Non, rien finalement. Je n'en peux plus. Une musique quelque part, en bas. Comme un appel délétère. J'accélère. Je vois des portes, des gens. Ils me regardent étrangement. Peut-être qu'ils me connaissent, mais ils ne me rappellent rien. Je n'ose pas m'arrêter pour le leur demander, de peur qu'ils ne soient pas réels. De peur aussi qu'ils ne me haïssent, même si je ne sais pas d'où vient cette crainte absurde. Peur de l'inconnu, ou peut-être en fait d'y découvrir un peu de familiarité. Le couloir se referme sur moi. La musique me perce le cerveau. Amplifiée par mes neurones brisés, elle en devient même agréable. Je cours. Je cours. Je ne veux pas mourir écrasé. J'étouffe.

Je viens de vomir à même le sol. Plus aucune musique, plus aucun son, seul le battement monotone de mon corps, dorénavant plus suggéré que ressenti. Le couloir a repris sa forme normale, semble-t-il. Il n'y a personne. Je me sens un peu mieux. Au fond, je sais que le malaise ne peut que revenir. Repoussant et inacceptable. J'ai un peu de temps devant moi. Il faut que je me repère. J'ai froid. Je me lève en m'appuyant sur un mur. Fierté pathétique, presque comique. Presque moqueuse. Je continue. Une fenêtre. Il fait nuit maintenant. J'ai dû perdre le fil à un moment. J'ai perdu le fil ? Il y a encore des gens dehors, mais ils semblent loin. Toujours plus loin. Je respire profondément, le malaise s'éloigne. Je repars rapidement. Encore trois étages.

J'ai pas mal marché. La tête me tourne. Répugnant, mais tout est déjà tellement sale ici. L'envie de sortir m'empêche de me poser des questions. Surtout la plus importante. C'est mieux, sinon il serait difficile de continuer. Je reprends ma route. Soudain, je vois quelqu'un dans l'embrasure d'une porte. Il est réveillé mais regarde simplement en face de lui. Pourtant, il n'y a rien à voir. Peut-être qu'il dort debout. Peut-être que je dors debout. Tant pis, je lui demande où nous sommes. Réponds. Il ne répond pas et me fixe. Non, c'est comme s'il continuait à regarder le mur derrière moi. A travers moi. Il ose. A travers moi. De rage, je le pousse. Il tombe et se cogne durement au sol, sans émettre un cri. Pourquoi l'ai-je poussé ? Ma violence me blesse, je reprends la route pour mieux l'oublier. Je sens que je m'approche de l'extérieur. Les murs défilent, seul leur commun aspect miteux permet de les différencier. J'ai l'impression de descendre, de me rapprocher du but. Pourtant le sol n'est pas incliné. Si ?

Tout se mélange. Les murs fusionnent et les couleurs s'emboîtent. Kaléidoscope monochrome. La beauté me submerge. Pas celle de ce lieu miteux, non. L'autre, la vraie. Pas le temps de l'apprécier, la réalité ne va pas tarder. Soudain, face à moi, dans l'océan incolore, un visage plat, sans aspérité aucune. Non, pas un visage, une face. Vierge, vide et vulgaire. Effrayante et désinvolte. J'y verrais presque mon reflet mais je n'ose pas m'y plonger. Elle me raconte ce qui m'attend. J'écoute, attentif, même si je le savais déjà. Efficacité. Excellence. Automatisme de l'accomplissement. On apprivoise si bien la réussite qu'on finit par embrasser l'échec. Tu sais, en parler c'est presque avancer. L'illusion de la liberté reste plus efficace qu'une serrure. Mais se l'entendre dire est presque un soulagement, après tout. Un étage, plus qu'un étage.

Esbroufe de l'esprit ou présent décevant ? C'est sûr, telle dérive ne peut qu'indiquer mental détruit. Piteux présage puant. Constat désabusé. Dans tous les cas. L'envie de continuer s'étiole. Celle de savoir aussi, inutile. Rêve vécu ou réalité fantasmée, le sentiment reste toujours le même. Froid. Encore et toujours plus froid.

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